Formations thérapeutiques : dérives marketing et éthique du soin
Analyse critique des promesses de réussite financière dans les formations thérapeutiques
Depuis quelques années, un discours s’impose dans le monde du bien-être et de la thérapie.
Le discours est simple.
Il est séduisant.
Il est répété en boucle.
« Vous pouvez vivre confortablement de votre activité. »
« Atteindre 3 000 €, 5 000 €, voire plus par mois est possible. »
« Il suffit d’une bonne formation. »
Mais derrière ces promesses, une question essentielle demeure :
parle-t-on encore de soin, ou parle-t-on surtout de vente ?
Comprendre le glissement du soin vers le marketing
Le mot thérapeute a un sens précis
Le mot thérapeute vient du grec therapeuein.
Il signifie prendre soin, servir, accompagner.
Il implique :
- une responsabilité humaine,
- une posture éthique,
- une conscience des limites,
- un respect profond de la vulnérabilité de l’autre.
Or, aujourd’hui, ce sens se dilue. Progressivement, le langage du soin est remplacé par celui du marketing.
Un vocabulaire qui change tout
On ne parle plus prioritairement de :
- cadre thérapeutique,
- responsabilité psychique,
- discernement,
- maturité intérieure.
On parle désormais de :
- chiffre d’affaires,
- tunnel de vente,
- positionnement premium,
- visibilité,
- closing.
Ainsi, le centre de gravité se déplace.
Le soin devient secondaire.
La performance devient centrale.

La promesse des revenus : un discours incomplet
Les fameux “3 000 € par mois”
Les publicités promettent souvent un seuil symbolique : 3 000 € mensuels.
Ce chiffre revient sans cesse.
Pourtant, un élément est rarement expliqué clairement.
👉 Ce revenu peut être atteint avec un seul client.
👉 À condition de lui vendre une formation ou un accompagnement à 5 000 €, 8 000 € ou plus.
Le modèle ne repose donc pas sur :
- une clientèle suivie,
- un accompagnement progressif,
- une accessibilité du soin.
Il repose sur la vente de produits très chers, à forte charge émotionnelle.
Ce que les publicités ne disent pas
Les discours omettent souvent :
- le taux d’échec réel,
- l’absence de garantie de clients,
- la pression psychologique liée à l’investissement,
- les conséquences financières en cas de non-rentabilité.
Ainsi, le risque est déplacé.
Il ne pèse pas sur le vendeur de formation.
Il pèse sur l’acheteur.
L’argument de la télévision et de la notoriété
La médiatisation comme preuve supposée
Certains vendeurs de formations utilisent un argument précis :
👉 « Je suis passé à la télévision. »
Cette visibilité est présentée comme une preuve que :
- la méthode fonctionne,
- le modèle est viable,
- la réussite est accessible.
Or, la médiatisation n’est pas une validation thérapeutique.
Elle est une stratégie de communication.
Être vu n’est pas être compétent.
Être invité n’est pas être légitime pour soigner.
La confusion entre image et compétence
Ce glissement est dangereux.
Il installe une croyance implicite :
Si cette personne est visible, alors elle sait.
En réalité, la qualité du soin ne se mesure ni à l’audience, ni à la notoriété, mais à :
- la posture,
- la prudence,
- la capacité à ne pas nuire
Le prix élevé justifié par l’investissement personnel
« J’ai payé cher, donc c’est normal »
Un autre discours revient souvent.
Le formateur explique :
- qu’il a beaucoup investi,
- qu’il a pris des risques,
- qu’il s’est endetté.
Puis il conclut :
👉 « C’est pour cela que c’est cher. »
Ce raisonnement normalise l’endettement. Il transforme le risque en passage obligé.

Quand le risque est transféré aux plus fragiles
Le problème apparaît lorsque ce discours s’adresse à :
- des personnes au chômage,
- des bénéficiaires du RSA,
- des personnes en burn-out,
- des individus en quête de sens.
S’endetter pour devenir thérapeute n’est pas neutre.
Mettre une pression financière sur une personne vulnérable est un acte grave.
Former des thérapeutes ou reproduire un système ?
Le mécanisme de reproduction
Dans de nombreux cas, la formation transmet surtout un modèle économique.
Le schéma est simple :
- Vous achetez une formation très chère.
- Vous apprenez à vendre cher.
- Vous reproduisez les mêmes publicités.
Ainsi, on ne forme pas seulement des thérapeutes.
On forme des vendeurs de formations.
Le soin devient un prétexte
Dans ce système :
- le soin justifie le prix,
- la spiritualité sert de langage,
- la transformation devient un argument.
Mais l’objectif réel reste la rentabilité.
Spirituel en façade, matériel en priorité
Une contradiction centrale
Beaucoup de formations se revendiquent :
- spirituelles,
- vibratoires,
- conscientes,
- alignées.
Pourtant, le discours dominant reste :
- financier,
- matérialiste,
- axé sur la réussite visible.
Le spirituel devient alors un habillage.
Le matériel devient la ligne directrice.
Le risque de confusion pour les praticiens
Cette contradiction brouille les repères.
Elle peut conduire à :
- instrumentaliser la souffrance,
- confondre aide et influence,
- utiliser l’émotion comme levier de vente.

Un contexte français particulièrement préoccupant
Une souffrance psychique et de plus massive
La France figure parmi les plus grands consommateurs :
- d’anxiolytiques,
- d’antidépresseurs.
Cela signifie une chose claire :
👉 la souffrance psychique est profonde, très réelle et diffuse.
Le fait alors, de Former des praticiens dans ce contexte exige une responsabilité accrue.
Former sans nuire
Former un thérapeute, ce n’est pas seulement transmettre des outils.
C’est transmettre :
- un cadre,
- une éthique,
- une conscience des limites.
Lorsque la priorité devient la réussite financière rapide, alors malheureusement cette responsabilité disparaît.
Ma posture thérapeutique : un contre-modèle assumé
Soigner n’est pas vendre
Ma posture est claire.
Elle est assumée.
Soigner n’est pas vendre.
Accompagner c’est être un appui
Former n’est pas pousser à l’endettement.
Ce que je défends
Je défends une approche où :
- la maturité intérieure précède la visibilité,
- l’éthique précède le chiffre,
- la responsabilité précède la promesse.
Une formation thérapeutique doit :
- protéger,
- éclairer,
- responsabiliser.
Elle ne doit jamais mettre sous pression financière.
Redonner au soin sa juste place
Une distinction essentielle
Vivre de son métier est légitime.
Mais la santé n’est pas un produit de luxe.
La thérapie n’est pas un marché de promesses.
Informer, questionner et démystifier est aujourd’hui indispensable.
Conclusion : préserver la dignité du soin
Le soin mérite mieux que des slogans.
La thérapie mérite mieux que des chiffres.
Les personnes vulnérables méritent mieux que des illusions.
Réaffirmer l’éthique du soin n’est pas un refus de l’économie.
C’est un acte de responsabilité humaine.
👉 Informer, c’est déjà protéger.
👉 Clarifier, c’est déjà soigner.